Un jour, j'ai rêvé. Que ma mère serait comme toutes les autres mères. Qu'elle serait venue me chercher à l'école avec un pain au chocolat. Qu'elle soignerait mes bobos avec un bisou magique. Qu'elle me protégerait des trucs moches de la vie. Qu'elle me dirait que je suis jolie. Qu'elle serait là pour moi. Et pas l'inverse.
A la place, j'ai eu une mère lache, absente, culpabilisante, qui m'a mis en première ligne de ses emmerdes. Mariée à un connard, puis malade. Qui pour quand j'arrive pour le week-end n'a pas fait de courses et qui me dit "t'aimes pas les cardes ?". Bah non, j'ai jamais aimé ça. Alors je me suis fait des pâtes. Sans fromage. Sans crème.
Démerde toi et ne m'emmerde pas. Foutez-moi la paix, surtout toi. Tu es comme ton père. Point Godwin familial. "Ce n'est pas ma faute, c'est ton père qui, c'est la maladie qui". La tribu des panous-panous. Et j'ai envie de lui hurler "et c'est de ma faute peut être ???" et je ne dis rien et j'avale ma rage avec une gorgée de limocello sans glaçon. Je suis le cri de Munsch. Je me rappelle ce tableau et je vois mon état intérieur. Hurler à plein poumons, accoucher de cette boule dans ma gorge depuis 2 mois. Lui dire que mais oui, putin elle me pourrit la vie, qu'elle annihile toute tentative de ma part d'être heureuse.
Aout 2012. La date de péremption du Nutella. Ramène le chez toi, je ne le mangerai pas. Et puis de toute façon, je ne serai plus là en aout 2012. Alors que je me suis fait chier à aller faire des courses, lui faire des crêpes, lui faire plaisir. Elle ne sera jamais satisfaite. Jamais.
Tu as fait des stocks de cigarettes ? Elle n'a même pas vu que j'ai arrêté.
"Tu ferais comment si j'avais des enfants ?", elle s'est trouvé conne. Bah, je les recevrais. "Ok, tu leur ferais quoi à manger ? des blettes cardes ?"
Elle s'est re-trouvé conne. Et elle a pété les cables. Et appelé sa mère pour lui dire que j'étais méchante. Et elle est parti s'enfermer dans sa chambre en hurlant "foutez moi la paix, surtout toi". Alors que ça fait 48h que je lui explique patiemment que son entourage ne veut pas être débarrassé d'elle mais qu'elle vive sa vie.
Voila. Je suis 15 ans en arrière, je pleure, seule, dans ce salon que je déteste, j'ai besoin que quelqu'un me prenne dans ses bras et me dise qu'il m'aime. Mais cela n'arrivera jamais dans cette maison. Personne ne m'aimera jamais dans cette maison.
Je vous jure, monsieur le juge, je suis une gentille fille, bienveillante. J'aime les autres sans attendre grand chose en retour. Alors pourquoi cette famille me déteste-t-elle autant ? Etre la fille d'un autre que celui qui vous a élévé est-il si grave qu'il faille encore le payer 35 ans après ?